Ce sont ces vieilles branches
Grisées et moussées,
Vieillottes et tremblantes
Dans le froid de l’hiver
Qui m’ont inspiré.
Il y en elles
Cette immobilité
De l’éternité.
Et il y a sur elles
De temps en temps
Quelques tourterelles
Portées par le vent,
Aiguilles vivantes
D’une invisible horloge.
C’est là que le tout
Et le rien
Viennent en moi s’emmêler
Le tout-souffrances, le tout-terreurs,Le tout-guerres, l
e tout-enfants soldats
Avec le Rien
Ce Silence clamé
Par cette Présence
Qu’estla Vie.
Clamé par cette confiance
Qu’elle sourit,
Clamé par la joie.
La nuit n’y change rien
L’obscure messe :
Ite missa est est terminée.
Seule l’ombre d’un vent
Bouscule nos rêves d’enfants
Et même les morts et les revenants
Souffle invisible
Portant dans son être
Le feu de joie
Qu’il va déverser.
Un nouvel horizon
Après cette trop longue nuit
Se dessine :
Dessiné par nous, ensemble,
Cœur à cœur
Main dans la main
Pour un toujours
Et beaucoup de demains.
Quand le passé
Se décide à passer
Et qu’il ne peut pas dans l’instant
A cause des imbéciles
Qui le tiraillent
Avec leurs marbres
Et leurs monuments,
Le passé pleure
Comme une source
Au fin fond du temps
Mais aussi mal présente
Dans l’instant.
Ecartelé le passé !
Ecartelé dans les affres
D’un cauchemar-feuilleton :
Jetez vos feuilles !
Jetez vos fusils !
Jetez vos canons !
Que je puisse passer
Pour aller et rester
Définitivement
Au fin fond du temps.
Mais on ne l’écoute pas,
On le câline même
On le caresse
On en fait une grande Histoire
De l’Homme
Alors qu’il n’est qu’un
Tout petit instant d’éternité
Ayant montré la lourdeur
(Avez-vous vu mon passé bien conjugué ?)
Lourdeur de vie
Lourdeur de monuments
Mais ils ne savent pas
Les hommes lourds
Qu’un jour
Il leur faudra bien
Jeter leurs fardeaux,
Se débarrasser de leur passé
Et saisir enfin
A bras le corps
La merveilleuse silhouette d’un horizon glissant
La merveilleuse senteur d’un bien beau printemps.
Haïti, fleur de misère
Enlisée dans tes gravats
Déjà que tu avais la guerre
La guerre des pauvres
Et des laissés-pour-compte
La guerre de ceux aux regards
Rêveurs d’Occident
Qui ne bougeait pas le petit doigt
Et qui maintenant
Est penché sur Toi.
Ils oublient un temps
Ceux qui te secourent
Ils oublient un temps
Leur temps.
Sur les monceaux de cadavres
Passe l’œil des caméras.
Il passe vite,
Ce n’est pas beau à voir
Mais cela doit être montré ;
Haïti, fleur de misère sais-tu que quand
Tout sera à peu près
Terminé
Sais-tu qu’à ce moment-là
Des traders tradèreront
Avec le souci de bien tradérer.
Des banquiers banquèreront
Avec le devoir de bien encaisser.
Des dirigeants, gouvernants,
Sournois
Chercheront
Et manipuleront
Dans leurs immenses pourvoiries,
Tels des poussahs,
Ce gibier tant recherché
Tout cela avec une belle indifférence cachée
Avec au fond de leur mémoire
Comme une petite étincelle
Mais que vite ils éteindront
Une petite étincelle haïtienne,
Fleur de misère
Enlisée dans la poussière,
Graines stériles
De larmes, de sang
Et de colère aussi.
Je t’embrasse, Haïti.